L’origine de Saint-Cyprien – Légende et fondation

L’origine de Saint-Cyprien – Légende et fondation

Légende et fondation

La Loire, à une époque très lointaine avait un lit très différent de celui actuel. Il était moins profond et très large. Le débit d’eau était énorme et ce qui est les Chambons actuels (champs en bordure du fleuve) étaient recouvert par les eaux. Tout cela formait une sorte de lac qu’on traversait en bateau. Selon la tradition, au bord de ce « lac » il y aurait eu, au IX° siècle, une communauté religieuse.

Saint-Cyprien tire l’origine de son nom du grec Thascius Cyprianus, évêque de Carthage, devenu martyr chrétien à l’âge de 40 ans et exécuté en 258 sous l’empereur Valérien.

Aujourd’hui, dans notre église, se trouve des reliques (restes humains ou objets touchés) enchâssés qui, selon la légende, seraient des reliques de notre Saint-Patron.

 

Le village existait déjà au X° siècle puisque, en 971, Conrad le Pacifique, roi de Bourgogne, octroie par une charte à Heldebert, abbé du monastère de l’Ile-Barbe, près de Lyon, investiture et confirmation de propriété de plusieurs églises dont celle de « Sanctus Cyprianus ».

Déjà en l’an 984, la « Parrochia de Sancti Cypriani » s’étend sur le territoire d’« Andreyacum». L’ensemble de la paroisse fait alors partie des possessions de l’Eglise de Lyon qui y nomme les prêtres. Elle comprenait la majeure partie de la commune actuelle d’Andrézieux, sur la rive droite de la Loire.

 

Juridiction définie et solide

En 1183, la bulle du pape Lucius III à l’abbé de I’Ile Barbe, lui apportait confirmation des privilèges accordés antérieurement à son abbaye. Cette bulle précieuse est un pouillé (dénombrement) exact de toutes les églises, cures et chapelles, de tous les prieurés possédés alors par l’abbé de l’Ile Barbe. On y lit les noms de plusieurs églises d’alentour, entre autres le nom de l’église de Saint-Cyprien.

Le manuscrit le plus ancien qu’on ait découvert jusqu’ici où il soit fait mention de Saint-Cyprien, date de l’an 1202. En cette année, Guy III, comte de Forez, signe un acte de donation de la dîme de Saint-Cyprien, à l’abbaye de Jourcey (ancien monastère de Bénédictines, près de Saint-Galmier). Cet acte prouve que dans ce secteur, l’essartage était en cours.

La pièce est en latin, en voici la traduction agrégée : « Que l’on sache dans le présent et à l’avenir que Guy, comte de Forez, pour le salut de son ami et de ses parents, a donné intégralement toute la dime de Saint-Cyprien aux Religieuses de Jourcey, qui prieront pour eux. Afin que cette donation demeure ferme et inébranlable Guy comte de Forez a confirmé le présent parchemin de l’empreinte de son sceau. Donné l’an de l’incarnation du Sauveur 1202. ».

La paroisse de Saint-Cyprien devait payer chaque année au monastère de l’Ile Barbe, un impôt de 5 setiers de froment : ancienne mesure de capacité variable, c’est à peu près l’équivalent du décalitre. A cet impôt, s’en ajoutait un autre de 6 livres qui devait être versé à l’archevêque de Lyon, comme supplément de dime. Sinon la paroisse dépendait du prieuré de Saint-Rambert, exception faite des dimes.

En 1220, le Comte de Forez Guy IV accorde à Saint-Cyprien et autres paroisses dépendantes du prieuré de Saint-Rambert, une charte de franchise les autorisant à se faire administrer par les consuls élus. Mais il désire lever des tailles sur les habitants de ces paroisses.

4 ans plus tard, il signe avec l’archevêque de Lyon un traité dans lequel il reconnait ces paroisses « franches d’alleu » (exemptes de servitudes). Un texte de 1224 précise aussi que la paroisse de Saint-Cyprien appartenait en libre propriété à l’abbaye de I’Ile Barbe, près de Lyon, par l’intermédiaire du prieuré de Saint-Rambert. Le Comte de Forez ne pouvait prétendre qu’à un droit de garde. La puissance du prieuré de Saint-Rambert qui dépend du monastère de l’Ile Barbe est grande.

Pour les problèmes judiciaires, Saint-Cyprien était soumis au prieur de Saint-Rambert, puisque ce dernier y avait toute justice « haute, moyenne, basse et même dernier supplice » pendant tout le Moyen-Age. Ce prieuré voisin n’y prélevait aucune taille mais se faisait octroyer 3 mesures de seigle par les religieuses de Jourcey, qui, comme il a été dit, bénéficiaient de la dime de Saint-Cyprien, en vertu de l’ordonnance du Comte de Forez en 1202.

En 1284, les habitants de Saint-Cyprien, entre autres, à la requête du Comte de Forez, et du prieur de Saint-Rambert jurent sur les Saints Evangiles de ne faire ni ligue, ni confédération avec aucune autre ville ou château, sans l’aveu du Comte ou du prieur. Ce serment sera renouvelé, par les mêmes paroisses, 100 ans après le 26 juin 1324.

On apprend que durant la Guerre de 100 ans, alors que les Anglais occupaient une grande partie du le territoire français : des troupes anglo-saxonnes parcoururent tout le pays de Forez, Auvergne et Bourbonnais et y exercèrent de grands ravages. Elles mirent le siège devant la ville de Saint-Rambert-en Forez, et après un assaut meurtrier s’emparèrent de cette place fortifiée, le samedi 25 janvier 1388. Elles rançonnèrent et pillèrent toute la contrée, d’où l’on peut légitimement conclure que la paroisse de Saint-Cyprien dût souffrir beaucoup de leurs déprédations.

 

Commanderie de Verneuil

Les Templiers constituèrent en Orient l’avant-garde des armées chrétiennes lors des croisades. Ils en furent récompensés par de nombreuses donations. Lorsque Jérusalem est reprise par Saladin en 1187, les templiers, chassés de terre sainte, se replient en Europe où ils vont établir de nombreuses commanderies.

À 2 km environ du bourg de Saint-Cyprien se trouvent 2 hameaux presque contigus, l’un appelé Verneuil, l’autre la Commanderie, qui doivent leur origine aux Chevaliers du Temple. Là, vers l’an 1200, les Templiers ayant acquis un vaste domaine y bâtirent une chapelle et y établirent une résidence. C’était une des 5 commanderies fondées par les Templiers dans la province du Forez. Une léproserie existait à la même époque à Verneuil et nommée « Maison Noirie ».

Les Templiers avaient une chapelle dédiée à Sainte Madeleine. Il est probable qu’elle, comme d’ailleurs toutes les chapelles et églises appartenant à l’ordre des Templiers, jouissaient de certains privilèges comme les paroisses ordinaires. Il est constant que les chapelains de cet ordre avaient droit d’exercer les fonctions curiales dans le périmètre des dépendances territoriales du dit ordre. Cela explique l’insuccès des procès intentés à certains chapelains pour prétendues usurpations de fonctions curiales. Les chapelains étaient couverts par des autorisations spéciales venues de Rome sans passer par l’officialité diocésaine. Autour de cette chapelle de Ste Madeleine de Verneuil et même à une distance de plus de 100 mètres : on a trouvé de grands cercueils de pierre contenant, des crânes, des ossements et des lames de fer qui pourraient bien être des restes de lances ou d’épées.

La chapelle avait ses dévots, ses fidèles et ses pèlerins qui aimaient venir y prier et en suivre les offices. Ils n’oubliaient pas leur chapelle préférée dans leurs dispositions testamentaires. Nous en trouvons la preuve dans de vieux manuscrits conservés aux Archives de la Loire, série B. Ce sont des testaments du XIVe siècle, écrits en latin, nous donnons la traduction de trois d’entre eux, à titre de spécimens :

« En 1334, Benoite Damier, veuve de Thomas Damier de Bouthéon fait un legs de vingt deniers viennols pour le luminaire des chapelles de Bonson et de Sainte-Marie. Madeleine, du temple de Vernoil ». Vernoil, Vernoll, Vernolz, Verneull : c’est le même nom orthographié différemment selon les siècles. 

« En 1339, Jean Boniol choisit sa sépulture dans le cimetière de St-Cyprien. Il donne et lègue un setier de seigle pour le luminaire de St-Cyprien et huit deniers viennois pour le luminaire de la chapelle de Sainte-Marie Madeleine de Vernolz : un boisseau de seigle annuellement et à perpétuité pour les pauvres de St-Cyprien et un boisseau de méteil pour être distribué aux pauvres le jour de Ste Agathe, annuellement et à perpétuité. »

« En 1341. Benoite Boniol d’Andrézieux paroisse de St-Cyprien lègue quinze deniers viennois pour les luminaires de St-Cyprien et de Ste-Marie-Madeleine de Vernolz. »

A mesures que l’ordre de Saint-Jean perdit de son importance, ces diverses succursales, dépourvues de leur prieur, furent abandonnées et tombèrent bientôt en ruine ; ainsi en advint-il de Saint-Cyprien, membre de la commanderie de Montbrison.

 

Gaylor MEUNIER

Sources :

– le Petit messager de Saint-Cyprien (années 1910)

– Ouvrage de Pierre Chaumarat sur l’histoire de Saint-Cyprien